La violence dans l’accompagnement éducatif des personnes ayant un TSA

Dans l’accompagnement des personnes ayant un Trouble du Spectre Autistique (TSA), impossible de faire l’impasse sur les approches comportementales. En effet, on stimule les enfants afin qu’ils gagnent en compétence et que les troubles du comportements diminuent en fréquence et en intensité.

Ces approches sont reconnues, recommandées et ont montrés leur efficacité.

J’en parle régulièrement aux familles qui viennent me voir en consultation ou lors des formations au prés des professionnels dans le médico-social.

Appliqué les programmes:

Dans ma formation, j’ai eu la chance d’apprendre l’importance des programmes, des procédures, des évaluations et des supervisions.

Ainsi, j’ai expérimenté que je pouvais influencer le comportement des enfants, adolescents ou adultes que j’accompagnais suivant les renforçateurs que j’utilisais.

J’ai réalisé des time-out lorsque la personne recherchait mon attention avec un comportement inadapté car après tous lui donner de l’attention sur ce comportement revenait à ce qu’elle obtienne ce qu’elle désire.

Une fois diplômée, j’ai expliqué à des parents qu’il fallait tenir, ne pas lâcher face à un comportement inadéquat de leur enfant qu’il finirait par céder. Je leur ai proposé d’apprendre à leur enfant des compétences, pour rentrer dans la norme de la société, en suivant des procédures à la table ou dans leurs quotidien.

A l’époque, je n’étais pas mère, et pour moi il était normal de laisser l’enfant pleurer dans une pièce pour qu’il apprenne. C’est ce que j’avais appris, vus, expérimenté.

Mais après avoir appris, appliqué, je ne m’y retrouve plus.

Quand l’accompagnement relève des Violences Educatives Ordinaires:

Je suis encore convaincue que les lois de l’apprentissage des comportements nous aident dans l’accompagnement des personnes TSA.

Mais je me détourne des professionnels qui expliquent:

  • que le jeune « doit » respecter la norme sociale d’être habillé de façon coordonnée (pas plus de 4 couleurs)
  • qu’il faut qu’une jeune adolescente s’épile car elle a des poils sur les jambes ou sous les bras et que cela la stigmatise.
  • que l’on doit renforcer, valoriser l’enfant qui accepte de perdre la partie de Monopoly sans exprimer de contrariétés.
  • qu’un enfant qui se gratte à sang pour attirer l’attention de son parent doit être ignoré afin qu’il stoppe son comportement
  • que l’adolescent qui saute sur place quand il est heureux doit stopper son comportement car ça ne se fait pas de sauter sur place à son âge.
  • qu’il est acceptable de punir l’enfant de son intérêt restreint parce qu’il n’a pas fait l’exercice demandé.
  • qui oblige l’enfant à enlever ses trois épaisseurs car il fait chaud sans tenir compte des besoins sensoriels de la personne.
  • qu’un enfant de 3 ans « doit » rester assis plus d’une heure pour qu’il travaille à la table car « il faut » que l’enfant acquière des notions scolaires.
  • que l’enfant n’a pas à râler parce qu’il ne veut pas mettre la table ou s’habiller.
  • etc… (il y en a d’autres)

Tous ces objectifs d’accompagnements relèvent pour moi de violences éducatives ordinaires. (pour en savoir plus je vous invite à cliquez ici).

Je ne veux plus mettre d’injonctions dans mes accompagnements.

Dire qu’une personne ne doit pas s’habiller avec un pull en été relève pour moi d’une violence puisque nous ne tenons pas compte de son ressenti sensoriel. Nous l’obligeons à être dans une « norme » sans ce soucier de ce que cela peut engendrer chez elle comme désagrément.

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Pourquoi CERTAINS autistes (et pas que) portent des pulls en été🌞 ou des debardeurs en hiver☃️ ? Il se peut que leur perception des températures soient tout simplement différente de "la norme"🌡. En effet, un autiste est très souvent susceptible d'avoir une hypersensibilité ou une hyposensibilite concernant ses 5 sens. L'hyposensibilité est le fait d'être beaucoup moins sensible que la norme par rapport à un ou plusieurs de ses sens. Par exemple : certains autistes sont presque insensibles aux douleurs légères : comme une petite brûlure, une grosse angine, une otite, etc. Ils ne vont ainsi presque jamais se plaindre et parfois rester avec une blessure non soignée 😕. Être hyposensible peut parfois être difficile à comprendre pour l'entourage, mais nous ne choisissons pas de quelle façon notre corps ressent les choses🙃. Certaines hyposensibilités ne causent d'ailleurs aucune inquiétude, elles provequeront cependant un jugement négatif, quelques remarques ou des moqueries🙄. . Être hyposensible à la chaleur fait de moi une personne qui porte des bonnets, des chaussettes épaisses et des bottines d'hiver parfois EN ÉTÉ🌞🌡🏖 ! Je ne rencontre aucun désagrément face à cela, si ce n'est le jugement des autres🤦‍♀️. Un jour, quand j'étais plus jeune, nous étions en extérieur avec deux amies. Je décidais de mettre un bonnet en laine très épais sur ma tête. Nous étions en plein mois de JUILLET🏖☀️. Dès qu'elles m'ont vu faire, voici ce qu'elles m'ont dit : "Mais arrête avec ton bonnet là ! C'est ridicule ! Enlève ça !". J'ai insisté un peu puis je les ai écouté. Je me suis mise à avoir vraiment honte 👤. Aujourd'hui j'essaie plus que jamais de ne plus être gênée d'être "différente"🌈, d'avoir des particularités que personne de mon entourage ne peut comprendre et de respecter mes hyper et hyposensibilités💪🎉. C'est un travail assez compliqué, car toutes les critiques que j'ai reçu dans ma vie tournent souvent dans ma tête😖. Cependant il est primordiale d'essayer de garder ses convictions, sa manière d'être, sa dignité, sa façon de s'habiller, etc. ! Alors cette fois ci je le dis : NON ! Je n'ai pas trop chaud et je garde mon bonnet ! 😎

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Très bon post rédigé par une femme asperger sur son hype-sensibilité à la chaleur

Nous portons un jugement sur les comportements inadaptés des personnes ayant un TSA

Les comportements inadaptés sont jugés inadaptés par nous (parents, professionnels, amis, voisins, familles, etc.). Mais il est important pour moi de rappeler qu’il s’agit d’un jugement social qui relève de critères subjectifs:

  • nous n’avons pas le même niveau de tolérance pour des comportements différents. Ce niveau va varier suivant notre fatigue, notre stress, notre humeur, etc. Ainsi, le même comportement de cris sera plus ou moins bien accepté suivant le déroulement de notre propre journée.
  • chacun d’entre nous avons des normes personnelles pour des comportements (exemple: l’épilation, le fait de porter du rose pour un garçon, etc)
  • suivant la relation que nous avons avec la personne TSA, nos jugements en seront influencés (si on l’apprécie nous serons plus tolérant et empathique que si nous ne l’apprécions pas)
  • notre propre histoire, éducation influence notre accompagnement

Mais avant d’être TSA, la personne est avant tout un être humain.

Et nous pouvons nous poser la question sur la pertinence d’un objectif d’accompagnement.

En tous cas je refuse d’appliquer des VEO sous prétexte que la personne ayant un TSA a besoin d’acquérir des compétences. Je me détourne d’un accompagnement éducatif qui amène l’enfant a ne plus être acteur de sa vie mais seulement à suivre ce que l’adulte lui dit car il « doit » obéir.

Un accompagnement empathique

Je choisis d’accompagner les personnes ayant un TSA et leurs familles dans une approche empathique qui tient compte du développement et du fonctionnement du cerveau humain.

Je souhaite apprendre aux parents, voisins, familles, professionnels à mieux comprendre les personnes ayant un TSA et à accepter leurs différences.

Je ne vise pas à accompagner les personnes à avoir des comportements parfait. Je souhaite qu’elles développent leurs potentialités sans qu’elles nient leurs personnalités ou leurs besoins.

J’apprends aux personnes ayant un TSA à exprimer et accompagner leurs émotions plutôt que de les gérer ou de les réguler.

J’invite les parents que j’accompagne ou qui me lise, mais aussi les professionnels que je formes à se questionner sur les objectifs de l’accompagnement, de l’apprentissage. Quel est le but?

Si une personne vous dit que l’enfant « doit » ou « qu’il faut », garder en tête que la personne parle avec ses représentations, ses croyances.

Vous avez la possibilité de faire autrement, de questionner le programme même s’il s’agit d’un professionnel réputé dans l’accompagnement des personnes TSA.

Je finirais cet article, en m’excusant publiquement au près des familles, des personnes que j’ai accompagnée plus jeune et auprès de qui j’ai pu utiliser ce qui correspond à ces violences éducatives ordinaires.

Je ne mesurais pas à l’époque combien ce type d’accompagnement pouvait sur le long terme entrainer des conséquences négatives et que cela m’inscrivait dans un positionnement jugeant et non respectueux.

4 commentaires

  1. qui que l’on soit, parents, pro, enseignant, nul n’est parfait….apprendre, enseigner, former, partager n’exclu en aucun cas sa propre remise en question…c’est une preuve d’une prise conscience de ce que l’on accepte pour soi et pour les autres surtout pour nos enfants….c’est une noble qualité………MERCI MYRIAM pour ce partage car cela m’a permis aussi de me remettre en question par rapport à certaines de mes réactions sur certains comportements de mon fils…MERCI MYRIAM POUR TOUT CE QUE TU FAIS

  2. Tout dépend de comment on l’applique, je suis père, personne autiste et formé à l’ABA, l’analyse fonctionnelle m’aide bien plus que l’anti VEO. Elle m’aide à comprendre les fonctions des comportements, ensuite libre à moi d’adapter les contextes, les conséquences pour que la personne puisse obtenir la même chose avec un comportement d’abord moins préjudiciable pour lui et ensuite pour les autres…

    Ce que vous décrivez est à l’ABA ce que le laxisme est à la non veo

    1. Merci pour votre commentaire qui me permet de clarifier quelques points.
      Il n’est pas question dans mon article de dire que les approches recommandées ne sont pas efficaces ou néfastes. Je connais les approches et les utilise quand j’accompagne une personne autiste et sa famille.
      Mon article avait pour but de parler de mon questionnement personnel sur certains objectifs que j’ai pu retrouvé dans des projets personnalisés qui aujourd’hui ne font plus sens pour moi et m’interpellent sur les VEO qui en découlent.
      Je vous rejoins sur le fait que l’analyse fonctionnelle est un outil qui nous aide à identifier comment permettre à la personne de développer des comportements moins préjudiciables pour elle.
      Et je finirais en disant qu’effectivement le laxisme est une forme de ver et je n’en fais pas l’apologie.

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